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Souveraineté suisse des données : ce qu'elle apporte vraiment

« Hébergé en Suisse » est devenu un autocollant marketing. On le colle sur tout, des VPN aux messageries, généralement avec une photo des Alpes et le sous-entendu que des serveurs suisses seraient hors d’atteinte du monde. Nous sommes une entreprise suisse et Fenzly tourne sur une infrastructure suisse, nous aurions donc tout intérêt à survendre l’argument. Faisons l’inverse : soyons précis sur ce que cela vous apporte, et sur ce que cela n’apporte pas.

Ce que « souverain » veut dire chez Fenzly

Fenzly est construit par Logil, une entreprise suisse, et la chaîne suit : nos serveurs tournent chez Infomaniak, hébergeur indépendant genevois, sur une infrastructure en Suisse. Les fonds de carte viennent de MapTiler, autre entreprise suisse. La vérification par SMS passe par un prestataire suisse. Et vos recherches d’adresses transitent par notre propre backend, si bien que le fournisseur de cartographie ne voit jamais ni votre IP ni vos requêtes.

L’intérêt de cette liste n’est pas le patriotisme. C’est la juridiction : l’entreprise qui opère le service, et celles qui détiennent physiquement les machines, répondent au droit suisse et aux tribunaux suisses, pas aux obligations d’une maison mère étrangère.

Le point qui compte : quelle loi peut contraindre qui

Voici ce que la plupart des mentions « hébergé en Europe » passent discrètement sous silence. Le CLOUD Act américain permet aux autorités des États-Unis d’exiger des données de toute entreprise soumise à la juridiction américaine, quel que soit l’endroit où se trouvent physiquement les serveurs. Le datacenter zurichois ou francfortois d’un fournisseur cloud américain reste, juridiquement, à portée de main : ce qui compte est qui contrôle les données, pas où vit le matériel.

C’est pourquoi « nos serveurs sont en Europe » ne veut pas dire grand-chose quand les serveurs appartiennent à un hyperscaler américain. La chaîne de Fenzly n’a aucun maillon américain à tirer : un opérateur suisse, sur l’infrastructure propre d’un hébergeur suisse. Une autorité étrangère qui veut quelque chose doit passer par les canaux légaux suisses, les procédures d’entraide internationale, examinées selon le droit suisse par des tribunaux suisses et non par une injonction signifiée à un siège social dans un autre pays.

S’ajoute à cela que la loi suisse sur la protection des données (la nLPD, en vigueur depuis septembre 2023) est reconnue par la Commission européenne comme offrant un niveau de protection adéquat, équivalent au RGPD. Vous ne troquez pas vos droits européens contre la juridiction : vous gardez les deux.

Ce que la souveraineté ne vous apporte pas

Maintenant la partie honnête, parce qu’un drapeau suisse n’est pas un champ de force.

La Suisse n’est pas une zone de non-droit. Les autorités suisses peuvent contraindre une entreprise suisse à remettre des données, sur ordre légal suisse, selon le droit suisse. La souveraineté change qui peut frapper à la porte et selon quelles règles, pas l’existence d’une porte. Si votre modèle de menace est « aucun gouvernement ne doit jamais rien pouvoir demander », la géographie seule ne vous le donnera jamais.

Et voilà pourquoi notre architecture compte plus que notre adresse. Quand un tribunal suisse nous ordonne de remettre ce que nous avons, ce que nous avons est ce que stocke le serveur aveugle : des blocs scellés que nous ne pouvons pas ouvrir, pas d’historique de position, pas de noms de lieux, pas de graphe social. La souveraineté décide qui a le droit de demander ; le chiffrement décide ce qu’il y a à prendre. C’est la seconde protection qui fait le gros du travail, la première garantit qu’au moins, la demande se déroule sous un état de droit strict et prévisible.

Une vraie exception, nommée honnêtement : les notifications push. Pour réveiller votre téléphone, nous passons par les seuls canaux qui existent, les services de notification de Google et d’Apple. C’est un maillon sous contrôle américain dans une chaîne par ailleurs suisse, et prétendre le contraire serait mentir. Ce que nous y faisons : ces notifications sont des signaux de réveil, pas du contenu. La charge scellée voyage par nos serveurs ; ce qui transite chez Google ou Apple se résume pour l’essentiel à « quelque chose vous attend ». La même logique vaut pour les sauvegardes automatiques : les moitiés déposées dans Google Drive ou iCloud sont des fragments inutilisables d’une clé scindée, attachés à des données que nous ne savons déjà pas lire.

Pourquoi l’avoir choisi quand même

Si le chiffrement fait le gros du travail, pourquoi s’embêter avec une pile suisse, un hyperscaler ne serait-il pas moins cher et plus simple ? Si, il le serait. Nous avons choisi autrement, pour trois raisons.

La défense en profondeur : le chiffrement protège le contenu, la juridiction protège le reste, quelles lois s’appliquent, qui peut exiger des métadonnées, comment les litiges sont jugés. L’alignement : un hébergeur indépendant qui vit de ses frais d’hébergement n’a aucune activité annexe d’analyse du trafic ; ses incitations pointent dans la même direction que les nôtres. Et la responsabilité : tout se trouve là où se trouvent les droits de nos utilisateurs, sous une loi reconnue équivalente au RGPD, appliquée par des tribunaux au bout de la rue plutôt que de l’autre côté d’un océan.

La souveraineté n’est pas le mur. C’est le sol sur lequel le mur est bâti.


La prochaine fois : comment Fenzly retrouve vos amis sans jamais voir votre carnet d’adresses, le problème de la découverte de contacts, et pourquoi la plupart des applications le résolvent en prenant tout, simplement.